ouvrir ou fermer
un robinet
je ne sais jamais
dans quel sens tourner
surtout si le robinet
est tarabiscoté
tube recourbé
tête inversée
ouvrir n’est pas risqué
il suffit d’essayer
l’un ou l’autre côté
mais s’il est ouvert
pour le fermer
tu tournes à l’envers
tu te prends une giclée
t’es éclaboussé
le pull tout mouillé
c’est l’inondation
le raz-de-marée
Étiquette : Slam
Changer le monde
moins de biens, plus de liens
des liens entre gens biens
des gens pour faire du bien
des humains qui prennent soin
pas ceux qui font le malin
ou qui étalent leurs biens
plus de coups de poing
pour distinguer le tien du mien
plus de liens chaque matin
moins de biens au magasin
pas trop de ces machins
qui ne servent à rien
qui brisent les liens
mais assez pour nos besoins
que chacun mange à sa faim
quelques biens, beaucoup de liens
ça je veux bien
des étreintes, des câlins
et beaucoup d’amour
tous les jours
Comment tu fais ?
comment tu fais
dis-moi
comment tu fais
pour détourner le regard
quand tu vois un mendiant sur le trottoir
pour passer à côté
sans te retourner
comment tu fais
pour te taire
quand tu entends
une insulte raciste
une insulte sexiste
quand tu entends…
je ne te fais pas toute la liste
Qui veut peut ?
quand on veut on peut
il y a un moyen un chemin
petite phrase moraliste
que dit une ministre
pour justifier
sa politique
illicite et inique
de rejeter
les sans papiers les réfugiés les immigrés
même si c’est prohibé
quand on veut on peut
le gouvernement fait des lois
qu’il ne respecte pas
il est pourtant soumis à la loi
comme toi comme moi
Ce qui est juste
aurais-je le courage de faire ce qui est juste
si un ami un frère une sœur tombe à mes côtés
aurais-je le courage de la relever de l’aider
malgré les matraques et les fusils braqués
aurais-je le courage de dire ce qui est juste
plutôt que me taire pour éviter les coups
J’aime pas les chiens
je ne vais pas me faire des amis
mais …
j’aime pas les chiens
j’aime pas les chiens
qui viennent chier dans mon jardin
j’aime pas ceux des voisins
geignant toute la soirée
que leur maître est en virée
j’aime pas les chiens
ils courent vers toi de loin
dans les forêts sur les chemins
grondant hurlant
à l’assaut des promeneurs
t’es là paralysé
tu vas pas courir t’enfuir
alors t’es là t’attends
que le maître arrive
t’engueule
qu’est-ce que tu lui a fait à son chien
c’est ta faute s’il aboie
d’ailleurs il a le droit
il dit n’importe quoi
et moi je ne sais pas
qui est le plus mordant
du chien ou de l’humain
La rage
Je suis en colère.
Quand les prêcheurs de haine sont adulés et ceux qui appellent au dialogue, harcelés,
quand certains se vantent de leur violence et de l’humiliation des faibles, sans être inquiétés,
quand celles qui défendent la planète sont moquées sur les plateaux de télé,
quand les défenseurs des opprimés sont attaqués, enfermés, plutôt que félicités,
j’ai la rage ;
j’ai l’seum, j’suis vénèr, en colère ;
oui, j’ai la rage.
Madame Mémoire
madame mémoire
je te connaissais bien
je jouais avec toi tous les matins
je trouvais toujours le chemin
c’était facile de jongler
avec les sons, les mots, les phrases
les calculs les plus ardus
en un instant, c’était conclu
Monsieur saint-Pierre
monsieur saint-Pierre ?
on m’interpelle à vélo
boulevard de Waterloo
serais-je le portier du paradis
moi l’athée, l’incroyant, le mécréant ?
je n’ai ni barbe ni cheveux blancs
Quelle couleur ?
je regarde ma peau qui paraît-il est blanche
je regarde ma peau je vois surtout du rose
un peu d’ivoire avec les veines un peu de bleu
un peu de mélanine et puis l’hémoglobine
le sang des vaisseaux capillaires c’est ça qui fait le rose
Martin Nelson Rosa Christiane et Amanda
je regarde votre peau qui paraît-il est noire
je regarde votre peau je vois surtout du brun
beaucoup de mélanine et en-dessous la même hémoglobine
noire blanche rose brune rouge jaune olivâtre ou ivoirine
je ne parlerai que des peaux roses car je n’ose
mettre en cause d’autres peaux que celle dont je dispose
je propose de remplacer le blanc par le rose
si on est chevalier blanc probe et libre
c’est l’utopie Cincinnatus incorruptible
la réalité n’est pas cet idéal de roman
le patriarcat blanc serait moins violent
s’il était tempéré de rose et de féminité
je regarde ma peau et je vois qu’elle est rose
si on parlait de l’exacte couleur des choses
les suprémacistes blancs et leurs âmes noires
deviendraient d’un coup des suprémacistes roses
ce serait il est vrai beaucoup moins inquiétant
que l’acharnement sanglant du ku klux klan
Je regarde ma peau et je vois – on s’en fout –
rose ou blanche l’important c’est ce qu’il y a dedans
si on en reste à la couleur de l’extérieur
on en oublie le cœur les humeurs les frayeurs
l’ardeur des amants et la pudeur des timides
dont les joues rosissent à la moindre lueur de bonheur
je conclus : il faut désormais parler d’Homme rose
d’ailleurs le poète l’a dit : l’important, c’est la rose !
