Changer le monde

moins de biens, plus de liens
des liens entre gens biens
des gens pour faire du bien
des humains qui prennent soin
pas ceux qui font le malin
ou qui étalent leurs biens
plus de coups de poing
pour distinguer le tien du mien

plus de liens chaque matin
moins de biens au magasin
pas trop de ces machins
qui ne servent à rien
qui brisent les liens
mais assez pour nos besoins
que chacun mange à sa faim

quelques biens, beaucoup de liens
ça je veux bien
des étreintes, des câlins
et beaucoup d’amour
tous les jours

Qui veut peut ?

quand on veut on peut
il y a un moyen un chemin

petite phrase moraliste
que dit une ministre
pour justifier
sa politique
illicite et inique
de rejeter
les sans papiers les réfugiés les immigrés
même si c’est prohibé

quand on veut on peut
le gouvernement fait des lois
qu’il ne respecte pas
il est pourtant soumis à la loi
comme toi comme moi

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J’aime pas les chiens

je ne vais pas me faire des amis
mais …
j’aime pas les chiens

j’aime pas les chiens
qui viennent chier dans mon jardin
j’aime pas ceux des voisins
geignant toute la soirée
que leur maître est en virée

j’aime pas les chiens
ils courent vers toi de loin
dans les forêts sur les chemins
grondant hurlant
à l’assaut des promeneurs
t’es là paralysé
tu vas pas courir t’enfuir
alors t’es là t’attends
que le maître arrive
t’engueule
qu’est-ce que tu lui a fait à son chien
c’est ta faute s’il aboie
d’ailleurs il a le droit
il dit n’importe quoi
et moi je ne sais pas
qui est le plus mordant
du chien ou de l’humain

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Calligraphie

inspirer
expirer
un trait
hésitant
oscillant
tremblotant

inspirer
expirer
un trait
un peu plus droit

inspirer
expirer
appui léger
un trait
parfait

maintenant l’arrondi
le souffle intégré
la plume libérée
caresse le papier
enchaîne serpentins
volutes et voussures

les entrelacs de traits pleins et déliés marquent la page d’arabesques noires et sensuelles, comme aux fenêtres les voiles ondulant sous le vent, les dunes sculptées par le simoun ou les cirrus dans l‘azur

tu jouis de l’harmonie révélée par le contact de la plume, de l’encre et du papier

inspirer
expirer
tu frémis
tu vibres

tant pis
pour les taches
au bout des doigts

La rage

Je suis en colère.

Quand les prêcheurs de haine sont adulés et ceux qui appellent au dialogue, harcelés,
quand certains se vantent de leur violence et de l’humiliation des faibles, sans être inquiétés,
quand celles qui défendent la planète sont moquées sur les plateaux de télé,
quand les défenseurs des opprimés sont attaqués, enfermés, plutôt que félicités,

j’ai la rage ;
j’ai l’seum, j’suis vénèr, en colère ;
oui, j’ai la rage.

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Quelle couleur ?

je regarde ma peau qui paraît-il est blanche
je regarde ma peau je vois surtout du rose
un peu d’ivoire avec les veines un peu de bleu
un peu de mélanine et puis l’hémoglobine
le sang des vaisseaux capillaires c’est ça qui fait le rose

Martin Nelson Rosa Christiane et Amanda
je regarde votre peau qui paraît-il est noire
je regarde votre peau je vois surtout du brun
beaucoup de mélanine et en-dessous la même hémoglobine

noire blanche rose brune rouge jaune olivâtre ou ivoirine
je ne parlerai que des peaux roses car je n’ose
mettre en cause d’autres peaux que celle dont je dispose
je propose de remplacer le blanc par le rose

si on est chevalier blanc probe et libre
c’est l’utopie Cincinnatus incorruptible
la réalité n’est pas cet idéal de roman
le patriarcat blanc serait moins violent
s’il était tempéré de rose et de féminité

je regarde ma peau et je vois qu’elle est rose
si on parlait de l’exacte couleur des choses
les suprémacistes blancs et leurs âmes noires
deviendraient d’un coup des suprémacistes roses
ce serait il est vrai beaucoup moins inquiétant
que l’acharnement sanglant du ku klux klan

Je regarde ma peau et je vois – on s’en fout –
rose ou blanche l’important c’est ce qu’il y a dedans
si on en reste à la couleur de l’extérieur
on en oublie le cœur les humeurs les frayeurs
l’ardeur des amants et la pudeur des timides
dont les joues rosissent à la moindre lueur de bonheur

je conclus : il faut désormais parler d’Homme rose
d’ailleurs le poète l’a dit : l’important, c’est la rose !