canicule
je déambule
dans les rues de béton brûlant
de pierre, de fer et de verre
je ne sais pas ce qui est le plus chaud
le béton à mes pieds, le soleil là-haut
ou le souffle torride
du rejet des climatisations
canicule
sur les cartes météo
rien que des couleurs chaudes
comme une coulée de lave
jaune orange rouge pourpre noire
et les nuages remplacés
par la fumée des brasiers
canicule
une goutte de transpiration
coule de mon menton
et sur la page fait un rond
comme la larme de Cyrano
sur sa lettre à Roxanne
sans espoir
il attend la bataille la mitraille
moi c’est le feu la fournaise
et ceux qui soufflent sur les braises
canicule
ce qui me brûle
c’est qu’on recule
ce n’est pas la chaleur
qui déclenche ma fureur
c’est le déni la lenteur
de nos décideurs
de nos chefs d’état
de nos chefs d’effroi
qui jettent un froid
sur les politiques du climat
canicule
voyez les visions mesquines
de nos ministres
climatosceptiques
près de leur piscine
« qui aurait pu prédire ? »
disait un émir
ça fait bien cinquante ans
qu’on annonce un réchauffement
combien de temps encore
rester dans le confort
justifier l’inaction
pour sauver nos biftons
canicule
à force de ne pas oser
à force de ne rien changer
avec cette chaleur
on aura la sueur
et les larmes
et le sang
