Rue Neuve, 8 février 2022

ceux qui se lèvent
mettent leur masque
prennent le chien
ceux qui évitent le vélo qui passe
volle gas*
ceux qui regardent les pigeons
les aveugles
les yeux rivés aux écrans
celle qui « voilà ! »
celle qui « tu vois, tu comprends ? »
celles qui passent avec leur sac
Zara, Chanel ou Aldi
ou leur sac à main
celui qui reste
assis par terre
sans jambe
sa chaise derrière lui
celui qui est invisible
pour tous ces passants qui passent
avec leurs sacs
avec leurs amis
avec leur famille
celui qui sourit
celui qui espère
accrocher un regard
recevoir une piécette
celle qui passe avec sa poussette
les amoureux
les voyageurs
qui ne voient pas
la main tendue
ceux qui cherchent leur chemin
les plaques de rue
les GPS
les guides de voyage
ceux qui « c’est par là »
ceux qui tremblent dans le vent
celui qui reste
cinq minutes
une cigarette
celle qui
il y en a une
qui cherche une pièce de monnaie
on n’a plus de pièce de monnaie
aujourd’hui
carte de banque
QR code
payement mobile
celui qui s’époumone
ceux qui se cachent
derrière leur masque
et l’enfant
qui le montre du doigt
ceux qui roulent
des mécaniques
ceux qui « allo t’es où ? »
ceux qui « wacht even »
ceux qui parlent
tellement vite
ceux qui photographient
surtout faire un effort
ne pas le voir
ne pas le remarquer
bien faire semblant
en trottinette
rapide
c’est facile
celles qui cheveux roses
celles qui quincaillerie
celles qui éclatantes
celui-là tout de noir
les joggers
surtout pas ralentir
les copines
et leurs rires
rester au paradis
et le monde des pigeons
indifférents
qui circulent
qui picorent
qui s’écartent
qui reviennent
l’autre monde
invisible
du trottoir

« volle gas » : plein gaz, en bruxellois.

Ecrit rue Neuve à Bruxelles, lors d’un atelier d’écriture animé par Laurence Vielle, le 8 février 2022 au théâtre National.

Pas dormir

pas dormir
les sirènes
les cris
le vent
les bruits
les lumières
en rond dans ma tête
fermée
bloquée
pas dormir
combien de temps ?
impossible d’oublier
ton départ
les gyrophares
combien de temps ?
revenir
tenir
pas dormir
t’accueillir
dans un heure
dans dix jours
attendre
pas dormir
guetter
la fenêtre
un bruit
un éclair
surtout
pas dormir


Ecrit à un atelier d’écriture de Laurence Vielle

Étoiles

ils ont éteint les étoiles
les lumières de la ville
la fumée des usines
plein feu dans les stades

que reste-t-il pour les astronomes, les poètes, les amoureux ?
et pour nous faire rêver ?
sinon un écran de télé
ou un papier cadeau

ils ont éteint les étoiles
il reste les réverbères
les publicités
les illuminations des supermarchés
quelques gyrophares
les témoins des caméras de surveillance
et dans la nuit
les yeux des loups qui fondent sur leur proie.

ils ont éteint les étoiles
sont-elles encore là
derrière les nuages et la poussière ?
ils ont éteint ce rêve d’infini, d’un ailleurs, d’un meilleur
sans étoile, comment trouver le Nord ?

ils ont éteint les étoiles
gardez toujours une boîte d’allumettes
un briquet, un charbon ardent
pour les rallumer
pour raviver la flamme

Vieillir

Vieillir

toute la vie
j’ai grandi
à quel moment
ai-je commencé à vieillir ?
au départ, tout va bien
un imperceptible changement
un autre
rien, quoi

longtemps, insouciant
je gambadais sur les chemins de montagne
toujours aussi fort
à dédaigner la fatigue
à enchaîner les sorties
un jour pourtant
un obstacle un peu plus élevé
une nuit trop courte
ou le hasard
j’ai trébuché
pour la première fois
je me suis relevé, oh, sans effort
mais voilà
je n’étais plus invincible

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2022

je vous souhaite
de réaliser
tous ces rêves
soi-disant impossibles

la paix sur Terre
éradiquer la misère
et puis, à l’improvisade
des roses sans épine
le Galibier ou le Tourmalet en monocycle
danser sur sa tête
marcher sur la Lune
courir dans les nuages
s’abreuver au feu d’un volcan

pour les rêves raisonnables
à vous de voir
sans oublier
de viser l’étoile
tout au loin


Note: « à l’improvisade« , extrait de Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte I, Scène IV.