Vert
porte malheur
il paraît
Pourtant vert
c’est la vie
le bois vert
pas le bois mort
Alain Henry
Vert
porte malheur
il paraît
Pourtant vert
c’est la vie
le bois vert
pas le bois mort
À quoi bon écrire un poème
puisque tout périra ?
à quoi bon, si le monde doit disparaître
dans le feu nucléaire
ou l’effet de serre
à quoi bon, si rien n’est éternel
Tout est rond
escalader la face Nord
de mes pensées en boucle
Tout est rond
mon caleçon, mon pompon
Tout est bond
à pieds joints
dans les glaçons
dans les charbons
dans les chardons
Tout est son
rythme, souffle, évasion
Tout est bon
le ton, le don, le fond
Tout est con
à ma façon
Écrit à un atelier d’écriture de Jérôme Jadot, le 28 août 2021
Bleu
le ciel – évidemment
limpide
sans limite
la caresse
du soleil
et du vent
extase
le monde
si petit
tout est possible
il faut pourtant
y replonger
s’y coltiner
comme une plume
ballottée par les vents
comme Icare
aux ailes brûlées
ou comme l’aigle
qui fond sur sa proie
Rouge
le feu, le sang
est-il une couleur plus ambivalente ?
incendies ou braises du foyer
blessure béante ou énergie qui circule
fruit mûr ou poison
l’être humain est ainsi fait
qu’il joue avec le feu
désir ou interdit ?
toujours
en équilibre
sur le fil
amour ou enfer ?
sans savoir de quel côté
il va tomber
Blanc
tout est possible
le noir enferme
le blanc ouvre
tellement qu’il paralyse
neige, brouillard et soleil
white-out absolu
plus aucune sensation
tellement que je n’ose plus avancer
j’en viendrais presque à aimer la nuit et ses cauchemars
les insomnies
donnez-moi une veilleuse, une loupiotte, une allumette
je veux voir ton visage mon amour
tu es si pâle au milieu de la nuit
Écrit lors d’un atelier d’écriture animé par Olivier Vanderaa, 1er août 2021
Pas à pas
gravir ce chemin
vers les nuages
rythme apaisant
souche moussue
chemin de traverse
murmures du vent
téléphone oublié
pas à pas
redescendre
en moi
L’homme moderne
d’une main son téléphone
de l’autre
les clés de sa Maserati
il revient de la chasse
au petit déjeuner
de sa bouche
pend
un lambeau
de pain au chocolat
La dernière fois que j’ai ri aux éclats
ça devait être une blague de ma copine
saugrenue
et monumentale
je me roulais par terre
impossible de s’arrêter
dès la moindre accalmie
un mot d’elle jeu
un regard étincelle
un geste rappel
et je repartais de plus belle
je riais aux éclats
et chaque éclat
comme un éclair
embrasait les sombres humeurs du monde
La mer commence ici, peut-on lire à côté de quelques bouches d’égout. Je crois même qu’elle commence dans chaque maison, dans chaque évier.
D’ailleurs, une légende raconte que si la mer est salée, c’est d’avoir accumulé les larmes de tous les chagrins de l’humanité. Innombrables raisons de pleurer. Les occasions perdues, les blessures, les espoirs déçus. Le sel de la vie qu’on n’a pas goûté s’enfuit dans nos larmes, dans l’évier où l’on se rince le visage d’avoir trop pleuré, dans l’égout, le fleuve, l’océan. Qui n’en peut plus d’accumuler la tristesse des hommes.
Poursuivre la lecture de « Larmes »