1980

mille neuf cent quatre-vingt,
quand j’étais gamin
c’était après-demain,
un tremplin
vers l’horizon lointain
de nos rêves, nos espoirs
et depuis, quels déboires !

mille neuf cent quatre-vingt, enfin tout serait bien
paix, amour, volupté, les hippies par milliers
pendant tout’ la journée, jouer, danser, aimer
l’énergie bon marché, même plus la payer
pareil chez le barbier, on raserait sans casquer
pour tout le monde à manger, même plus travailler
les robots, les machines, nous auraient remplacés

mille neuf cent quatre-vingt, enfin tout serait bien
on n’avait pas encore la crainte de demain.
Je me demande, qui nous a mis dans ce pétrin ?

aujourd’hui, pour 2030 ou 50, quels espoirs ?
nos rêves sont-ils devenus des cauchemars ?
le climat, les PFAS,
la chimie, l’industrie
le manque de carburant,
de gaz, de courant
les repas en barquette,
le gras, le pharma
le temps froid ou brûlant,
aride ou humide,
les incendies
les maladies,
épidémie, épizooties
sans parler de comment
on va payer
l’énergie, le barbier,
et pour manger, pour se loger ?

et maintenant ?
les années 2020
est-ce que notre demain
sera aussi bien
que le demain
des années quatre-vingt ?

Trois essais

j’ai reçu une nouvelle carte de banque

j’ai beau fouiller mes poches
mon paletot, ma sacoche
me torturer la caboche
je l’avais noté sur un bout de papier
où est-ce que je l’ai fourré ?
le code pratique
de ce bout de plastique
premier essai – oh, raté !

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Au feu rouge

elle remonte lentement
la file de voitures
gobelet à la main
parfois une vitre s’abaisse
on lui glisse une pièce
parfois une vitre se relève
pour écarter la pauvresse
éviter de refuser
éviter même de penser
à l’altérité
peut-être un peu gêné

depuis le temps
elle est blindée
vitres fermées
regards qui fuient
ceux qui s’affairent
ceux qui espèrent
que le feu passe au vert
ceux qui avancent
de cinquante centimètres
parfois les grimaces
les menaces
les insultes

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Lever de Terre

Lever de Terre

le 24 du 12 / 1968
les 3 astronautes de la première mission lunaire Apollo 8
lors de leur 4ème orbite autour de notre satellite
ont vu
la Terre
s’élever de l’horizon lunaire

Bill Anders a pris ce cliché légendaire
Lever de Terre
« parti pour explorer la Lune,
nous avons découvert la Terre 
»

j’ai grandi avec cette image
punaisée au mur de ma chambre
aventure lunaire
qui a baigné mon enfance
m’a orienté vers les sciences
prise de conscience
cette petite boule bleue
notre maison dans l’univers

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Paris

soleil de mars
esplanade du Louvre
Carrousel, Pyramide
quais de Seine
je marche dans l’Histoire
tant de beauté
comment imaginer
les bombes, les chars
la fureur déchaînée
Paris transformé
en Gaza, en Kharkiv
Londres sous le blitz
que faut-il changer
pour que la vie soit préservée

Notre Terre

Un pastiche.

Notre Terre qui n’es pas aux cieux,
et qui es, ici, notre seul paradis,
que ta biodiversité soit célébrée
et ton climat préservé,
que toutes et tous puissent en bénéficier.

Que ta soutenabilité soit faite
sur terre, en mer et dans les airs.

Aide-nous à partager notre pain quotidien
sans l’ôter de la bouche de ceux qui ont faim,
à réduire nos pollutions,
comme nous nettoyons celles que nous rencontrons.

Délivre-nous de l’hyper-production
et nous résisterons aux tentations
des soldes et de la consommation.

Lire un poème

je voudrais lire un poème
qui fasse jaillir l’émotion
la gorge serrée
les tripes en ébullition

je voudrais lire un poème
qui me remonte le moral
du fond des chaussettes
jusqu’au septième chakra

j’aurais ce sentiment d’élévation, de beau, de fort
la montagne paraîtrait moins haute
j’aurais déjà fait quelques pas vers le sommet

je ne demande pas du grandiose
marcher sur la Lune
sauver le climat
ou vaincre le cancer

juste un bonheur modeste
la satisfaction du travail accompli
le sourire d’un enfant
une pomme du jardin
un merci
un je t’aime

je voudrais lire un poème
qui fasse jaillir l’étincelle
pas pour mettre le feu aux poudres
mais au moins l’amadou
commencerait à brûler

je voudrais lire un poème
verser quelques larmes
être prêt
se lancer à l’assaut
de tous les moulins du monde

Kukaï du lion – 9 novembre 2024


Nous étions 15 pour ce premier kukaï du lion de la nouvelle saison. Beaucoup de nouveaux visages, et une grande sérénité, malgré des ennuis d’ascenseur à la sortie (heureusement résolus sans trop de stress, mais avec l’intervention des pompiers quand-même). Une discussion enrichissante autour de certains textes, parfois très poétiques, qui ont permis de mieux éclairer certaines facettes du haïku. Voici le palmarès de cette édition.

Avec 6 voix

brouillard de novembre
le soldat inconnu
deux fois disparu

Françoise Gabriel

Avec 4 voix

Bavard
le vent d’automne
me coupe la parole

Caroline Coppé

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