Calligraphie

inspirer
expirer
un trait
hésitant
oscillant
tremblotant

inspirer
expirer
un trait
un peu plus droit

inspirer
expirer
appui léger
un trait
parfait

maintenant l’arrondi
le souffle intégré
la plume libérée
caresse le papier
enchaîne serpentins
volutes et voussures

les entrelacs de traits pleins et déliés marquent la page d’arabesques noires et sensuelles, comme aux fenêtres les voiles ondulant sous le vent, les dunes sculptées par le simoun ou les cirrus dans l‘azur

tu jouis de l’harmonie révélée par le contact de la plume, de l’encre et du papier

inspirer
expirer
tu frémis
tu vibres

tant pis
pour les taches
au bout des doigts

La rage

Je suis en colère.

Quand les prêcheurs de haine sont adulés et ceux qui appellent au dialogue, harcelés,
quand certains se vantent de leur violence et de l’humiliation des faibles, sans être inquiétés,
quand celles qui défendent la planète sont moquées sur les plateaux de télé,
quand les défenseurs des opprimés sont attaqués, enfermés, plutôt que félicités,

j’ai la rage ;
j’ai l’seum, j’suis vénèr, en colère ;
oui, j’ai la rage.

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Quelle couleur ?

je regarde ma peau qui paraît-il est blanche
je regarde ma peau je vois surtout du rose
un peu d’ivoire avec les veines un peu de bleu
un peu de mélanine et puis l’hémoglobine
le sang des vaisseaux capillaires c’est ça qui fait le rose

Martin Nelson Rosa Christiane et Amanda
je regarde votre peau qui paraît-il est noire
je regarde votre peau je vois surtout du brun
beaucoup de mélanine et en-dessous la même hémoglobine

noire blanche rose brune rouge jaune olivâtre ou ivoirine
je ne parlerai que des peaux roses car je n’ose
mettre en cause d’autres peaux que celle dont je dispose
je propose de remplacer le blanc par le rose

si on est chevalier blanc probe et libre
c’est l’utopie Cincinnatus incorruptible
la réalité n’est pas cet idéal de roman
le patriarcat blanc serait moins violent
s’il était tempéré de rose et de féminité

je regarde ma peau et je vois qu’elle est rose
si on parlait de l’exacte couleur des choses
les suprémacistes blancs et leurs âmes noires
deviendraient d’un coup des suprémacistes roses
ce serait il est vrai beaucoup moins inquiétant
que l’acharnement sanglant du ku klux klan

Je regarde ma peau et je vois – on s’en fout –
rose ou blanche l’important c’est ce qu’il y a dedans
si on en reste à la couleur de l’extérieur
on en oublie le cœur les humeurs les frayeurs
l’ardeur des amants et la pudeur des timides
dont les joues rosissent à la moindre lueur de bonheur

je conclus : il faut désormais parler d’Homme rose
d’ailleurs le poète l’a dit : l’important, c’est la rose !

1980

mille neuf cent quatre-vingt,
quand j’étais gamin
c’était après-demain,
un tremplin
vers l’horizon lointain
de nos rêves, nos espoirs
et depuis, quels déboires !

mille neuf cent quatre-vingt, enfin tout serait bien
paix, amour, volupté, les hippies par milliers
pendant tout’ la journée, jouer, danser, aimer
l’énergie bon marché, même plus la payer
pareil chez le barbier, on raserait sans casquer
pour tout le monde à manger, même plus travailler
les robots, les machines, nous auraient remplacés

mille neuf cent quatre-vingt, enfin tout serait bien
on n’avait pas encore la crainte de demain.
Je me demande, qui nous a mis dans ce pétrin ?

aujourd’hui, pour 2030 ou 50, quels espoirs ?
nos rêves sont-ils devenus des cauchemars ?
le climat, les PFAS,
la chimie, l’industrie
le manque de carburant,
de gaz, de courant
les repas en barquette,
le gras, le pharma
le temps froid ou brûlant,
aride ou humide,
les incendies
les maladies,
épidémie, épizooties
sans parler de comment
on va payer
l’énergie, le barbier,
et pour manger, pour se loger ?

et maintenant ?
les années 2020
est-ce que notre demain
sera aussi bien
que le demain
des années quatre-vingt ?

Trois essais

j’ai reçu une nouvelle carte de banque

j’ai beau fouiller mes poches
mon paletot, ma sacoche
me torturer la caboche
je l’avais noté sur un bout de papier
où est-ce que je l’ai fourré ?
le code pratique
de ce bout de plastique
premier essai – oh, raté !

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Au feu rouge

elle remonte lentement
la file de voitures
gobelet à la main
parfois une vitre s’abaisse
on lui glisse une pièce
parfois une vitre se relève
pour écarter la pauvresse
éviter de refuser
éviter même de penser
à l’altérité
peut-être un peu gêné

depuis le temps
elle est blindée
vitres fermées
regards qui fuient
ceux qui s’affairent
ceux qui espèrent
que le feu passe au vert
ceux qui avancent
de cinquante centimètres
parfois les grimaces
les menaces
les insultes

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Lever de Terre

Lever de Terre

le 24 du 12 / 1968
les 3 astronautes de la première mission lunaire Apollo 8
lors de leur 4ème orbite autour de notre satellite
ont vu
la Terre
s’élever de l’horizon lunaire

Bill Anders a pris ce cliché légendaire
Lever de Terre
« parti pour explorer la Lune,
nous avons découvert la Terre 
»

j’ai grandi avec cette image
punaisée au mur de ma chambre
aventure lunaire
qui a baigné mon enfance
m’a orienté vers les sciences
prise de conscience
cette petite boule bleue
notre maison dans l’univers

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Paris

soleil de mars
esplanade du Louvre
Carrousel, Pyramide
quais de Seine
je marche dans l’Histoire
tant de beauté
comment imaginer
les bombes, les chars
la fureur déchaînée
Paris transformé
en Gaza, en Kharkiv
Londres sous le blitz
que faut-il changer
pour que la vie soit préservée