Ça pique

Chaque fois que j’enfonçais l’aiguille dans le tissu, j’entendais la chouette : « hou ! hou ! »

Cela faisait des heures que je travaillais sur cette robe. Je l’avais promise pour le lendemain et je ne savais pas à quelle heure j’allais terminer. Fatiguée, mal au dos, j’avais de plus en plus de mal à bien tenir l’aiguille, les fils me déchiraient la peau.

Je voulais en finir avec ce travail , me débarrasser de cette cliente insupportable. Hier, elle était revenue pleine de morgue et m’avait jeté la robe à la figure : « c’est du n’importe quoi, il faut tout refaire ! »

Elle m’avait agoni d’injures à propos de l’ajustement précédent, alors que c’était elle qui changeait d’avis à chaque fois. « Plus long ici, plus court là, un ruban rouge, pas bleu, vous êtes vraiment cruche à la fin ! »

Chaque fois que j’enfonçais l’aiguille dans le tissu, j’entendais la chouette. J’imaginais que c’était la vieille qui criait. Cela m’aidait à lutter contre la fatigue. C’était presque une jouissance sadique. J’ai terminé à deux heures du matin, exténuée mais exaltée.

Le lendemain, la cliente n’est pas venue chercher sa robe. Bizarre, alors qu’elle avait tellement insisté. C’était peut-être une vexation de plus. Je suis partie chez elle la déposer. Elle était morte, dans la nuit.

Personne ne savait expliquer les nombreuses petites plaies qu’elle avait sur tout le corps.

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